vendredi 13 février 2015

Un prologue ajouté au tome 1


J’observe ses beaux yeux noisette et sa fossette qui se dessine alors qu’il esquisse un sourire. Il caresse ma joue et se penche pour m’embrasser tendrement. Oliver est tellement grand que même en me tenant sur la pointe des pieds, sur le trottoir devant chez moi, je suis encore plus petite que lui.
J’ai choisi pour lui une robe vaporeuse qui serait presque transparente et il en profite en laissant sa main remonter sur ma cuisse. J’adore les sensations qu’il réveille en moi. Le plaisir qui pulse dans le bas de mon ventre et le long de ma colonne vertébrale. Je sais qu’Oliver aimerait aller plus loin, mais je ne suis pas encore prête. Je lui ai promis de m’offrir à lui pour le bal de fin d’année. Je suis folle de ce garçon, il est tellement beau, tellement gentil, tellement différent de mon père.

Il s’écarte et je proteste en faisant courir mes doigts sous son t-shirt.
– Si tu ne rentres pas maintenant, ton père va gueuler, précise Oliver en redessinant le contour de ma bouche du bout de son pouce.

Je le laisse partir à regret, parce que je sais qu’il a raison et à peine j’ai franchi la porte que le regard assassin de mon père me fait presque regretter d’être rentrée.
– Tu es en retard, hurle-t-il en me fusillant de ses iris sombres.
Je me tourne vers ma mère qui astique frénétiquement la cuisine les yeux baissés. Je n’ai pas besoin de lui demander pour savoir qu’ils se sont encore engueulés et que je vais bientôt payer pour les pots cassés. Jamais il ne s’en prend à elle. Elle, elle est parfaite ; elle, il ne peut rien lui refuser ; elle, il l’aime.
– Je n’ai que cinq minutes et j’étais devant la maison bien avant l’heure, protesté-je, en tentant un pas vers l’escalier de l’étage.
Si je parviens à rejoindre ma chambre avant la tempête, il se défoulera sur la porte et demain je m’éclipserai de bonne heure pour l’école, enfin d’éviter les représailles.
– Quand je dis une heure, ce n’est pas une minute après ni une seconde, crache-t-il en s’avançant vers moi.

J’hésite à me précipiter vers les marches, je suis plus rapide que lui, je peux le semer, mais s’il me rattrape la suite sera pire encore. Je m’élance au moment même où sa main se referme sur mon bras.
– Et c’est quoi cette tenue, s’emporte-t-il. On dirait une pute.
– Maman, supplié-je, en priant pour qu’elle intervienne.
Elle redresse enfin la tête et me détaille comme si elle venait de réaliser que j’étais là. Un sourire étrange se dessine sur son beau visage qui a toujours fait fondre tous les hommes.
– A son âge, tu adorais me voir vêtue de la sorte, ironise-t-elle.
Il lui sourit à son tour en relâchant son emprise. Je profite de ce moment d’inattention pour dégager mon bras et grimper les escaliers quatre à quatre.

Il me rejoint à l’instant même où je verrouille la porte. Je sens la poignée s’agiter sous mes doigts et je supplie Dieu qu’elle lui résiste une fois de plus. Je hais le bruit de ses poings contre le bois et les gémissements des gonds.
– Sandre, putain, ouvre cette porte ! Tu le sais, tu dois respecter mes règles… Si tu te fais engrosser, tu ne pourras t’en prendre qu’à toi… Sandre, putain !
Je me recroqueville en boule dans un coin de la pièce en attendant qu’il se calme. J’essaie de penser à Oliver, j’imagine ses bras me bercer lentement pour me rassurer, j’aimerais pouvoir m’éclipser par la fenêtre et aller le retrouver, mais il habite dans la ville voisine et il n’y a pas de bus avant deux bonnes heures.

Les coups se font moins insistants et je recommence à respirer. Quand il fatiguera, je sais que ma mère interviendra.
J’entends sa voix douce, tandis que les claquements tarissent.
– Ryan, elle n’a rien fait de mal.
– Je ne supporte pas qu’elle me désobéisse, elle finira comme toi si ça continue.
– Tu sais très bien que ce n’est pas vraiment le problème.
Le silence se fait et j’imagine les mains de ma mère apaisant mon père et ses baisers calmant ses tensions. Il ne s’en prend jamais à elle, il l’aime trop pour ça. Je souhaiterais que moi aussi, il m’aime à ce point-là, je voudrais qu’il me regarde comme il la regarde elle.

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